A croire que les Guzzi ne meurent jamais! Elles devaient toutes être réunies dans les rues de Mandello Del Lario le week-end dernier: il y en avait jusque dans les vitrines des magasins! Il faut dire que l'histoire de Moto Guzzi et celle de la (petite!) ville de Mandello sont étroitement liées depuis qu'en 1921 Carlo Guzzi installa ses ateliers au 57 de la via Emanuele V.Parodi, entre lac et montagne. L'homme ne manquait pas d'idées: sa première moto, un monocylindre 500cc horizontal et supercarré, possédait déjà quatre soupapes et un arbre à cames en tête. Il fut aussi le premier à concevoir une machine mue par un V8 de 500cc, capable d'atteindre 285 km/h en 1955… Guzzi doit au père de cet extraordinaire moteur l'emblématique bicylindre en V face à la route, signature typique de la marque depuis 1967.
Les GMG
Les GMG (Giornate Mondiali Guzzi) revêtaient cette année une importance tout-à-fait particulière puisqu'elles célébraient les 90 ans d'une marque mythique, mais qui connut ces dernières années de nombreux déboires et plusieurs propriétaires. Ce ne sont pas les premières réunions d'amateurs de la marque à l'usine d'où sont sorties toutes les Guzzi depuis la naissance de l'entreprise, mais les GMG sous cette dénomination sont nées en 2003. Suivirent 2005, 2006, 2007 et maintenant 2011, avec un sérieux cafouillage en 2009. Les GMG étaient programmées cette année là, mais la situation de la marque, en pleine tourmente, laissait douter de la pérennité même de Moto Guzzi, le groupe Piaggio envisageant d'abandonner Mandello et de délocaliser la production à Noale, fief d'Aprilia. Déprogrammation donc de l'événement, remplacé in extremis par une manifestation de soutien à Guzzi et à son ancrage à Mandello Del Lario, sur les rives du lac de Côme, les ouvriers, la municipalité et les guzzistes de tous bords faisant front commun. Ils furent heureusement entendus, et si Piaggio a délocalisé les centres de recherche & développement ainsi que la conception des moteurs, respectivement à Noale (Aprilia et Pontedera (Piaggio), la chaîne d'assemblage reste à la Via Parodi.
Le poids d'un mythe
Après pas mal de flottement, le groupe Piaggio (pour rappel: Piaggio, Vespa, Gilera, Derbi, Aprilia et Moto Guzzi) semble avoir enfin mesuré la valeur et le poids de l'image de Moto Guzzi, la plus vieille marque de motos italiennes en activité, excepté Gilera qui se contente depuis plusieurs années de ne produire que des scooters. Plus vieille marque certes, mais pas la moins prestigieuse avec un passé sportif ébouriffant, elle qui obtint entre 1921 et 1957 quatorze titres mondiaux en vitesse pure et 3.332 victoires dans des compétitions officielles, dont onze au Tourist Trophy. Piaggio a donc décidé d'investir sur le site de Mandello, rasant plus de dix mille mètres carrés de bâtiments obsolètes qui devraient laisser la place à un outil de travail plus rationnel.
La ville à l'unisson de la marque
Véritable succès de foule, ces GMG 2011 ont drainé une foule impressionnante avec plus de vingt mille inscrits, auxquels se sont joints une foule de curieux: on parle de trente cinq mille personnes réunies à Mandello le samedi! Depuis 1921, chaque famille de Mandello doit bien compter en son sein un membre qui a travaillé chez Guzzi, et toute la ville vit à l'unisson de l'aigle. Partout flottaient des drapeaux de la marque, chaque vitrine de magasin affichait qui des photos, qui, on l'a vu plus haut, une moto d'un âge respectable, tandis que les moindres rues de Mandello étaient envahies de motos, des premières Guzzi aux plus récentes, mélangées à d'autres. motos de toutes origines venues rendre hommage à cette grande Dame. Et le soir, sous chapiteau, les habitants se sont joints aux "bikers" venus du monde entier, en parfaite osmose! Ce lien indéfectible entre une marque et la ville qui l'a vu naître n'a sans doute pas d'équivalent dans le monde, hormis peut-être Harley-Davidson et Milwaukee, et cette dimension donne un sel tout particulier à cette rencontre.
L'avenir
Les Moto Guzzi, tout le monde connaît, mais un passé récent tourmenté et un réseau peu étendu ont déforcé la marque dans le paysage motocycliste. Savez-vous qu'il se vend plus de Ferrari que de Guzzi en Belgique? Les produits de la marque valent pourtant qu'on s'y intéresse: un nom et une histoire prestigieux, des produits originaux et de caractère, les Guzzi n'ont pas le succès qu'elles méritent. Piaggio semble enfin vouloir y remédier en recentrant Guzzi dans son berceau natal et en ne lésinant pas sur les investissements, avec plus de quarante millions d'euros prévus dans les cinq années à venir pour le développement de nouveaux produits, indépendamment des investissements en moyens sur le site historique de Mandello Del Lario. La célébration du centenaire risque fort d'être mémorable!