Dans une série de deux articles, dont celui-ci est le premier, nous vous proposons d'explorer l'univers de l'automobile en Chine et les répercussions que ce dernier génère sur le continent européen. Ce premier article se présente comme un survol historique succinct de la progression de l'industrie automobile chinoise. Dans la seconde partie, nous approfondirons notre analyse pour comprendre en quoi les fabricants automobiles chinois se distinguent de leurs homologues occidentaux.

Salon de l'auto de Shanghai, 2011

 

L’évolution du salon de l’auto de Shanghai

Fin Avril, le salon de l'auto de Shanghai fermait ses portes. Depuis que le salon de Detroit a été considérablement réduit et que le salon allemand rebaptisé « IAA Mobility », a été déplacé de Francfort à Munich, il s'agit probablement du plus important salon automobile au monde. 

Ma première visite au salon « Auto China » de Shanghai remonte à 2007. C'était pour le moins étrange... On y voyait deux types de véhicules. D'une part, les marques occidentales présentaient leurs véhicules destinés à la classe émergente, soit des consommateurs chinois fortunés. Ces voitures étaient essentiellement des versions longues des modèles proposés ailleurs dans le monde. Quant aux constructeurs chinois, ils présentaient des véhicules imitant grossièrement les productions étrangères, faute de créativité et d'expérience. Je me souviens ainsi avoir vu des voitures qui ressemblaient à des Frankenstein automobiles, avec un avant de Mercedes-Benz Classe E et un arrière de… Renault Mégane ! Ces véhicules étaient de pâles copies des modèles vus les années précédentes sur les stands occidentaux, sans toutefois en avoir la fiabilité et la finition. Pour tous ceux qui pouvaient se le permettre, le choix se portait donc indéniablement sur un véhicule d'une marque occidentale. C'est ainsi que Volkswagen est devenu le leader du marché chinois !

Au cours de la décennie suivante, la Chine s'est ouverte, a commencé à entretenir de vraies relations avec le reste du monde et est devenue une superpuissance économique. La classe émergente s’est élargie, du moins dans les régions côtières, de Tianjin au nord, jusqu'à Guangzhou et Shenzhen. Avoir une voiture d’une marque occidentale, même si elle était produite en Chine (ce qui était de plus en plus souvent le cas), était le moyen d'exprimer sa richesse. Sur les routes de Shanghai d’aujourd’hui, en 15 minutes à peine, vous rencontrerez des dizaines de véhicules de marques premium occidentales ! Toutes ces voitures, copieusement équipées, dépassent largement les 100 000 euros. Les Mercedes-Benz G63 AMG, Bentley ou Rolls-Royce sont des grands classiques, aux côtés des Audi R8 et autres McLaren…


NIO, salon de l'auto à Shanghai 2023

 

Une accélération impressionnante

Depuis 2015, la Chine s’est efforcée de changer la situation. Lorsque j'ai visité Shenzhen en 2014, les taxis électriques construits par BYD étaient une vraie nouveauté. Personne ne savait à l'époque qu’il s’agissait des prémices d’une véritable success-story. Personne n'y croyait, sauf les Chinois. Entre-temps, les constructeurs chinois ont appris à construire des véhicules de qualité. Ils ont entamé des collaborations avec des fournisseurs occidentaux réputés. Et s’ils ont toujours eu du mal à développer des moteurs thermiques aussi efficaces et fiables que les mécaniques occidentales, l’émergence des voitures électriques a changé la donne. Avec ces voitures, la Chine avait une chance unique de se repositionner sur le marché. Ces moteurs sont en effet plus faciles à concevoir et à fabriquer que les moteurs thermiques ! En misant sur un avenir électrique, la Chine a pris une longueur d'avance sur ses concurrents qui se concentraient encore sur leurs moteurs thermiques. Et pour couronner le tout, quelques startups automobiles ont été fondées par des stars d'internet, des personnes ayant une formation en software plutôt qu'en hardware automobile. Dans le monde d’aujourd’hui, où l’expérience de conduite est dominée par les logiciels et les systèmes d’info-divertissement, il s’agit d’un véritable atout ! Des leaders technologiques solides ont ainsi émergé et ont commencé à occuper l'ensemble de la chaîne de valeur des véhicules électriques. C’est ainsi que naquirent des marques comme CATL, BYD ou NIO qui ont su faire preuve d’obstination, de patience et qui se sont posés en fins stratèges.


Aujourd’hui, où en sommes-nous? 

Le résultat ? 53 % des véhicules vendus en Chine en avril 2023 proviennent de marques locales. En 2019, la dernière année avant que la pandémie n'ébranle toute l'industrie, ce chiffre était de 39 %. Dans le segment des véhicules à énergie nouvelle (NEV), qui comprend les groupes motopropulseurs électriques et hybrides rechargeables, cette part s'élève à 80 %. A ce titre, sachez que ce dernier segment est le seul en croissance en Chine ! En effet, les ventes de voitures essence sont en baisse. Parmi les 10 premiers véhicules NEV vendus en Chine en avril 2023, seule la Tesla Model Y était une voiture de marque étrangère. Pourquoi ces chiffres sont-ils si importants pour l'Europe ? Tout simplement parce que des marques comme Volkswagen, BMW ou Mercedes-Benz réalisent environ 40 % de leurs bénéfices en Chine. Hors, ces marques perdent actuellement des parts de marché dans le seul segment en croissance. Voilà qui devrait inquiéter tous les acteurs de l'industrie…

Autre chiffre intéressant pour les Européens : au premier trimestre 2023, la Chine a dépassé le Japon en tant que premier pays exportateur de véhicules dans le monde. Cela est principalement dû à l'influence croissante de la Chine dans le monde, les principaux marchés étant la Russie, le Mexique et l'Arabie saoudite. Bon à savoir pour nous, consommateurs européens : près d'un quart de ces exportations concernent des véhicules électriques ! Et nombre d'entre eux arriveront très bientôt en Europe. Les consommateurs européens feront donc rapidement la connaissance de nouvelles marques telles que NIO, Xpeng, BYD ou Zeekr. L'une des principales sociétés de location de voitures en Allemagne, Sixt, a récemment commandé 100.000 voitures électriques à BYD. Les véhicules chinois seront bientôt monnaie courante sur les routes européennes !

Dans notre deuxième article, nous décrirons comment les entreprises chinoises surfent sur cette vague du succès et ce qu'elles apporteront à l'Europe.

Sources: Automobility Ltd ; Handelsblatt et Faz.

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