Suite à notre brève rétrospective sur l'évolution de l'industrie automobile chinoise depuis le début des années 2000, cet article se veut être le second opus consacré au panorama automobile en Chine et à son impact sur l'Europe. Nous explorerons ici les particularités qui différencient les constructeurs chinois de leurs homologues occidentaux, en nous basant sur les observations réalisées lors du récent salon automobile de Shanghai.
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L'électrique d'abord et avant tout !
Les constructeurs chinois se concentrent clairement sur la construction d'excellents véhicules électriques, et uniquement sur ceux-ci. Ils ne se donnent même pas la peine de présenter des véhicules à moteur thermique ! Dans l'article précédent, nous vous expliquions pourquoi la Chine a choisi cette voie pour gagner un avantage concurrentiel sur le marché automobile. Au salon de l'automobile de Shanghai, c'était évident. Le stand d'un constructeur chinois ne présentait que des véhicules électriques, ou alors ceux-ci étaient placés bien en vue dans les premiers rangs du stand, avec quelques véhicules thermiques embusqués à l'arrière…
Pour les constructeurs occidentaux, c'était l'inverse. Ils plaçaient leurs vaches à lait (soit les véhicules thermiques) à l'avant et exposaient des versions électriques de leurs véhicules ici et là. L'un des constructeurs allemands a même « caché » ses derniers modèles électriques à l'arrière du stand, derrière un rideau à moitié transparent. Voilà un étrange message sur un marché qui, chaque mois, adopte de plus en plus les véhicules électriques…
Le message semble assez clair : la Chine domine actuellement le marché des modèles électriques. Les équipementiers chinois ont une grande expérience, les fournisseurs de batteries de l’empire du Milieu sont incontournables et le marché domestique constitue une base solide pour l'exportation de leurs produits vers d'autres marchés. Nul doute que cette position dominante se fera un jour sentir en Europe ! Toutes ces nouvelles marques ne connaîtront pas le succès, mais les rares qui réussiront auront un impact.
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Un habitacle centré sur le conducteur ou sur les passagers ?
Les voitures ont toujours été axées sur la conduite, le dynamisme, l'accélération, le contrôle du véhicule. C'est pourquoi le conducteur devait être le premier à être convaincu, sans quoi, le bon de commande ne serait jamais signé. Voilà pourquoi l'aménagement intérieur s'est toujours concentré sur le siège du conducteur, avec des commandes orientées vers ce dernier. Le conducteur était ainsi le seul à disposer de toutes les informations et de toutes les commandes. Même le copilote n'avait qu'une influence mineure sur ce qui se passait dans la voiture ! Bien sûr, cela a beaucoup de sens tant que le conducteur est le seul responsable de la sécurité de tous. Le conducteur doit se sentir bien et ne pas être distrait.
Aujourd'hui, les choses ont changé. Les voitures sont équipées de systèmes avancés d'aides à la conduite (ADAS), comme le Super Cruise de Cadillac. Et même en l'absence de dispositifs mains libres, les constructeurs proposent de nombreux systèmes d'assistance au maintien de la trajectoire, d’antipatinage ou de freinage d'urgence qui prennent le relais lorsque le conducteur reste inactif.
Par ailleurs, nous vivons de plus en plus dans un monde numérique. Nous voulons être connectés à tout moment pour toutes sortes de raisons, que ce soit pour communiquer, pour travailler ou pour nous divertir. Les véhicules sont des espaces dans lesquels nous passons beaucoup de temps, qu'il s'agisse des conducteurs ou des passagers. Il n'est donc pas surprenant qu'il soit de plus en plus important d'être connecté au reste du monde, via Internet. Cela est particulièrement vrai en Chine, où le besoin de se sentir connecté est énorme !
Les marques chinoises l'ont bien compris. Elles conçoivent les voitures comme un espace de vie plutôt que comme une machine destinée à être conduite. Il suffit, pour s’en convaincre, de lorgner sur le nombre et la position des écrans dans la voiture ! Alors que les modèles chinois étendent de plus en plus les écrans - et les commandes - vers le copilote (img_8402) et vers les sièges arrière, de nombreuses marques occidentales continuent de les centrer sur le conducteur, comme cela a toujours été le cas. L'un des modèles exposés était un symbole évident de cette philosophie : une curieuse barre en plastique faisait pivoter l'écran vers le conducteur (img_8400) pour s'assurer que le copilote ne puisse pas l'apercevoir !
On peut dire ce que l'on veut de l’amour des Chinois pour le digital. Le fait est qu'il y a plusieurs décennies, nous avions l'habitude de poser notre clé de voiture sur la table pour montrer aux gens ce que nous conduisions. Aujourd'hui, même en Europe, ce geste a été remplacé par le téléphone portable, ce que de nombreux constructeurs automobiles n’ont toujours pas compris. Les constructeurs chinois ont, en revanche, embrassé cette nouvelle tendance !
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L'ADN du style
Parce que c’est ancré au plus profond de leur ADN, les marques occidentales affichent un style qui est un compromis subtil entre élégance et luxe. Les modèles occidentaux présentent des matériaux nobles et des couleurs sobres. Les marques chinoises, quant à elles, ont tendance à se montrer nettement plus exubérantes, audacieuses et colorées. Les stands du salon de Shanghai étaient conçus comme des jeux vidéo, transformés en salons de beauté, dotés des équipements audio les plus puissants et, comme par le passé, de quelques femmes peu vêtues et même de messieurs - dans le cas d'une marque chinoise qui semblait explicitement s'adresser aux femmes.
Il est possible que cette tendance soit la seule des trois mentionnées à ne pas rencontrer le succès escompté en Europe. En attendant, surveillez les deux autres !